| CONFERENCES > L'ONU à l'Heure du Renouvellement |
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Le compte rendu qui suit, préparé par
Gabriel Brunnich et Delphine Lagrange, du Center for Peace and Human Security,
réunit les thématiques principales qui ont été
évoquées lors de la conférence ; ainsi que des réflexions
écrites supplémentaires préparées par Shahrbanou
Tadjbakhsh, Directrice du Centre, qui a animé la conférence. Bernard Kouchner
Ghassan Salamé Shahrbanou Tadjbakhsh ***
Introduction Comme le rappelle S. Tadjbakhsh, la question de la réforme n’est pas nouvelle. Boutros Boutros Ghali avait en son temps initié un certain nombre de projets plaçant l’ONU au cœur des enjeux véritablement mondiaux. Il a ainsi ouvert des portes empruntées depuis par diverses personnalités importantes des Nations unies, dont Kofi Annan est le représentant le plus éminent aujourd'hui. Depuis l’agenda pour le Développement en 1994, en passant par les grandes conférences internationales sur :
jusqu’au rapport du Secrétaire Général intitulé « In Larger Freedom » en 2004, document de base pour le Sommet. Ainsi, les propositions pour améliorer l’organisation n’ont cessé de fleurir.
Kofi Annan lui-même attendait
beaucoup du Sommet, attentes qui ont débouché sur une déception.
« Soyons francs entre nous, et entre les peuples des Nations unies,
a-t-il averti à l’ouverture du Sommet, nous n’avons
pas encore atteint la reforme radicale et fondamentale que moi et beaucoup
d’autres croyons nécessaire. Des différences importantes,
dont certaines substantives et légitimes, ont empêché
que cela se réalise. » (UN
Secretary-General: Address to the 2005 World Summit. New York, 14 September
2005.) Une fois la turbulence du débat retombée, il est maintenant temps de poser les questions suivantes:
S. Tadjbakhsh, a demandé aux intervenants leurs conclusions sur les résultats du Sommet. Quels sont les défis auxquels se trouve confrontée l’ONU aujourd’hui, et quelles sont les perspectives pour le futur ?
Dans un article du CERI en janvier 2005
« Réforme
de l’ONU un coup pour rien », B. Pouligny souligne
le fait que le Secrétaire Général a inclus une douzaine
des 101 propositions du Haut Pannel sur l’ensemble des menaces et
des défis que rencontre le monde aujourd’hui dans son rapport
«
In Larger Freedom » qui devait servir de document préparatoire
pour le Sommet organisé autour du 60ème anniversaire de
l’ONU. Néanmoins, la reforme est restée inachevée,
et les États membres n’ont atteint aucune vision commune
sur les sujets abordés. Selon B. Pouligny, dans le Rapport final, nous pouvons noter : 1) Une absence de référence au désarmement et la non-prolifération ; 2) L’impossibilité de s’entendre sur une définition du terrorisme ; et 3) Un extrême conservatisme sur
les questions de développement et Les sujet de la réforme de Conseil de Sécurité et du Secrétariat ont également été des thèmes qui ont « pratiquement disparu lors des discussions. »
Gh. Salamé a également souligné les avancées suivantes : Même s’ils ne sont pas obligatoires, les taux d’aide au développement ont été finalement mentionnés pour la première fois dans un texte ;
Deux autres avancées importantes, nous a expliqué Gh. Salamé, sont les deux résolutions 1624 et 1625 votés par le Conseil de Sécurité. La résolution 1624 porte sur la lutte contre le terrorisme et la résolution 1625 sur la prévention des conflits en particulier en Afrique. Le Secrétaire Général a également pris l’initiative, nous a indiqué Gh. Salamé, de créer une coordination régionale sur la Cote d’Ivoire. Dans cette optique, la Commission Economique de l’Afrique Occidentale, chargée de choisir le prochain premier ministre, a nommé Charles Konan Banny le 4 décembre 2005. Néanmoins, a-t-il souligné, peut-être la plus grande réalisation a été que pour la première fois, la responsabilité de protéger (articles 138-139 du Rapport final) a été créée comme une norme internationale votée à l’unanimité. Toutefois, la dynamique politique des négociations qui s’est mise en place a rendu presque impossibles des avancées importantes en matière de : * La définition du terrorisme
; A quoi doit-on cette dynamique négative ? Cependant, maintenir que l’échec du Sommet est le seul fait des Américains serait à la fois l’explication la plus simple, mais aussi la plus fausse, considère Gh. Salamé. À l’absence de volonté des Etats-Unis de participer à la négociation s’est ajoutée la constitution de coalitions minoritaires qui ont considérablement contribué à la dynamique négative du Sommet, et en fin de compte, à son échec. C’est dans ce cadre que le sujet de l’élargissement du Conseil de Sécurité a amené à la mise à l’écart des autres thèmes tout aussi importants.
Pour illustration, il a opéré
une comparaison avec l’Union européenne. Si cette dernière
(exemple du multilatéralisme le plus poussé), n’a
pas réussi à définir clairement dans la pratique
une vision commune de ce qu’est « l’Europe » par
exemple, il n’y a rien de surprenant à ce que certaines réformes
osées, telle que la proposition italienne, pour l’entrée
de certaines organisations comme l’Union européenne dans
les membres du Conseil de Sécurité, n’aient jamais
vu le jour lors du Sommet. Néanmoins, a maintenu B. Kouchner, toute
évolution prend du temps et le risque est de mettre à mal
tout l’appareil en voulant en faire trop et trop tôt. Dans le paragraphe 138 du 2005 World Summit Outcome Document de l’Assemblée Générale, la responsabilité de protéger est, comme l’ont souligné plusieurs des intervenants, officiellement reconnue comme une norme internationale.
L’article suivant (139) va encore plus loin, et souligne le fait que si l’Etat n’assure pas la responsabilité de protéger sa population, la communauté internationale interviendra pour le faire.
Malgré ce progrès certain, cela n’exclut pas l’ambiguïté, selon B. Kouchner. Une des plus importantes concerne l’aspect préventif du concept. Le principe de la responsabilité de protéger justifie l’intervention militaire uniquement dans des circonstances exceptionnelles – en cas de comportement relevant de l’épuration ethnique ou de meurtre à grande échelle. [The responsibility to protect. Article 4.19. International Commission on Intervention and State Sovereignty (ICISS), 2001.] Pourtant, malgré l’accord sur l’idée que la responsabilité de protéger est un droit préventif, la communauté internationale n’est pas encore arrivée à mettre en œuvre de véritables actions de prévention. C’est pour cette raison, maintient-il, que le fait qu’on commence à traiter le développement et la sécurité ensemble est un progrès non négligeable.
Par-delà la question de la crise
et de ses effets, les invités ont tous souligné que la déception
vis-à-vis des résultats du Sommet était prévisible,
étant donné le nombre de problèmes internes et externes
auxquels l’ONU s’est trouvée confrontée récemment.
En effet, les scandales liés au programme « Pétrole
Contre Nourriture » révélés dans le rapport
Volker ; la mauvaise conduite d’une partie du personnel des opérations
de paix au Congo et ailleurs ; le départ de plusieurs conseillers
de haut niveau ; les critiques de plus en plus fortes à propos
du manque de démocratie, de légitimité et de transparence
du Conseil de Sécurité ; le manque d’adaptabilité
et de coopération des agences : ainsi qu’une dé-crédibilisation
généralisée du système onusien, ont joué
comme autant de facteurs de tension dans le Sommet.
L’absence de conciliation entre les Etats est un fait sur lequel tous les intervenants se sont accordés. Ils ont dénoncé un manque de courage, de responsabilité et de volonté politique de la part des chefs d’Etat, qui a donné lieu à quelques blocages très décevants, tels que l’absence de références au désarmement et à la non-prolifération des armes, et le maintien d’une définition ultra classique de la légitime défense concernant le recours à la force. Gh. Salamé nous a rapporté que, pour le Secrétaire Général, les problèmes internes et externes du système onusien avaient rendu la réforme plus urgente encore. Ce besoin d’aborder les problèmes du système a été renforcé par la concordance avec un calendrier favorable à l’occasion (le 60ème anniversaire de l’ONU) et un agenda chargé (les rapports Sachs et du haut panel). Simplement, la volonté politique a été l’élément clé qui manquait, et en son absence, rien n’est jamais possible.
Les intervenants ont par ailleurs évoqué le besoin d’améliorer les méthodes de gestion et de responsabilisation du personnel, ainsi la question de la tenue des finances. Gh. Salamé a souligné la création toute récente de deux commissions internes, sur l’éthique et d’audit, qui vise justement à aborder les carences existantes dans chacun de ces domaines. Par exemple, les problèmes présents dans la gestion des ressources du personnel expliquent en partie pourquoi ceux qui participent aux opérations de maintien de la paix, entre autres, n’y restent pas, selon B. Pouligny et S. Tadjbakhsh. Sur ce point, B. Kouchner a souligné à la fois les conditions de travail extrêmement dures et la quasi-inexistence des récompenses pour les «international civil servants» des Nations unies, que les politiques nationales des pays tels que la France découragent bien souvent de participer à l’action multilatérale.
Le manque de coopération et de collaboration entre agences dans le système onusien a aussi été évoqué comme problème majeur. D’ailleurs, a observé B. Pouligny, les agences ont « freiné des quatre fers » lorsque la commission leur a demandé de se réunir autour de la Commission de consolidation de la paix, chacune d’entre elles cherchant à défendre son autonomie par rapport au centre. Dans ce cadre, l’une des grandes déceptions résulte du fait que la question des agences, et particulièrement le problème des relations entre elles, n’apparaît pas dans la réforme, a regretté Gh. Salamé. Or, en l’absence persistante de coopération entre les agences onusiennes, toutes les autres avancées et réformes courront le risque de ne pas atteindre les objectifs établis.
Le Sommet n’a débouché sur aucune proposition sur la démocratisation du Conseil de Sécurité, ni sur la suppression du droit de veto au sein du Conseil. Tout changement concernant le Conseil de Sécurité exige une révision de la Charte de l’ONU, et est donc très difficile d’obtenir, même si elle est cependant nécessaire. Nul ne réfute que sa composition – marquée par l’oligarchie des « P5 » («Permanent 5 ») reflète les réalités géopolitiques du monde tel qu’il était en 1945. Néanmoins, au-delà des changements dans la composition du Conseil, le modèle lui-même pourrait être à l’origine du problème. Le Secrétariat dispose d’un appui institutionnel minime ; les règles et procédures sont uniquement provisionnels ; la plupart des négociations se passent en privé avec un manque total de transparence dans le déroulement du débat. Il est aussi à noter que bien que le Conseil vote beaucoup de résolutions, elles ne sont souvent pas appliquées. En bref, le Conseil paraît captif aux politiques des grandes puissances. Le Conseil a vu également l’augmentation d’inactivité pendant le période de la poste-Guerre Froide, ainsi que l’action et non-action controversé en Irak et au Rwanda. Les critiques veulent un Conseil plus représentatif, plus responsable, plus transparent, plus légitime et plus juste. Une tension oppose alors la représentativité et l’efficacité. Pour les Etats Unis, le scandale du programme « Pétrole contre nourriture » en Irak et les problèmes enregistrés au niveau des opérations de maintien de la paix dans le monde entier rendaient évidente la nécessité de réforme de l'administration et du secrétariat. Le Conseil de sécurité doit, selon cette logique « réaliste », représenter l’état du monde, c'est-à-dire l’actuelle distribution des pouvoirs et de la richesse, et non incarner les idées abstraites de justice et d’équité. Ainsi, l’un des blocages qui a le plus fortement contribué à l’échec du Sommet concernait la réforme du Conseil de sécurité. Le manque de démocratie, de représentativité, de légitimité et de transparence qui caractérise l’organe, ont en effet été dénoncés comme autant de problèmes majeurs. Mais, comme le rappelle S.Tadjbakhsh, à quoi servirait une augmentation du nombre de membres si les cinq membres permanents continuent à obstruer les sujets qui les fâchent ? A quoi serviraient des slogans démocratiques quand les pratiques sont elles-mêmes non-démocratiques et quand les gouvernements puissants qui prétendent prôner la liberté, la démocratie et la bonne gouvernance se comportent de façon despotique sur la scène internationale, obligeant les Etats moins forts à acquiescer à leur volonté, tout en violant le droit international ? En d’autres termes, les questions soulevées pour une réforme du Conseil de sécurité n’ont permis :
En bref, les membres permanents sont dans une situation de compétition entre eux et ont beaucoup de droits au sein de l’ONU tout en répondant au final de peu de responsabilités. Au total, il apparaît que l’élargissement n’est pas la bonne voie pour une meilleure représentation. S.Tadjbakhsh souligne alors que des solutions peuvent être débattues. Parmi celles-ci :
Le silence des Etats-Unis pendant tout l’été précédant le Sommet était de mauvaise augure. Lorsque le représentant américain, John Bolton, est venu au Sommet, il a présenté les trois propositions suivantes : 1. résumer les 35 pages du rapport en 2 pages
sommaires ;
Comme l’a souligné Gh. Salamé, un groupe croissant d’Etats souverainistes a joué le rôle des «spoilers» (mauvais garçons) du Sommet. La déception de ne pas avoir été considéré comme membre potentiel, comme c’était le cas pour le Pakistan, l’Egypte, le Cuba, l’Iran et la Syrie ; ou d’avoir perdu tout espoir pour accéder au Conseil (comme c ‘était le cas pour la Russie et l’Inde), s’est traduit dans un comportement brisant toute logique multilatérale. Ainsi déçus par le fait qu’ils n’aient pas réussi à obtenir ce qu’ils voulaient pendant les négociations finales, les Etats de ce groupe se sont principalement appliqués à empêcher les autres membres d’accéder à leurs revendications. Gh. Salamé a souligné d’ailleurs que le Japon et l’Allemagne, tous les deux privés d’un siège au Conseil de Sécurité, n’ont pas fait mieux. Pour montrer leur mécontentement, ils ont cessé toute discussion concernant le financement supplémentaire, sujet qui les concernait pourtant en priorité. Ce jeu de positionnement politique explique alors, selon Gh. Salamé, les failles du texte final au sujet de la question du financement. S. Tadjbakhsh a souligné qu’avant le Sommet, le G4 (le Brésil, l’Allemagne, l’Inde et le Japon) ont sollicité des sièges permanents, ainsi que le Nigeria, l’Egypte et l’Afrique du Sud. Néanmoins, leurs demandes se sont affaiblies quand les Etats-Unis et la Chine ont exprimé leur objection au quartet, et quand l’Union africaine a rejeté le compromis pour un siège sans veto.
Un troisième groupe d’Etats responsable de la mauvaise dynamique politique du Sommet comprenait, quant à lui, plusieurs pays africains. Ce groupe a refusé la formule numéro un du panel qui consistait en l’ajout de six membres permanents au Conseil de Sécurité, mais qui ne seraient toutefois pas dotés du droit de veto. Concrètement, la plupart des pays faisant partie de ce groupe craignaient l’ascension de l’Afrique du Sud et du Nigeria tandis que pour les pays d’Afrique Sub-saharienne, l’idée que ce soit l’Egypte qui figure au Conseil de Sécurité était inacceptable. En somme, les politiques nationales de certains pays africains ont-elles aussi poussé le Sommet vers l’échec.
Au-delà de l’observation générale sur le statut des Nations unies aujourd’hui, les intervenants se sont attelés aux questions suivantes : Du droit de l’ingérence à la responsabilité de protéger
Néanmoins, le Conseil de Sécurité devrait examiner toute demande d’usage de la force [Ibid, article 6.15] afin de déterminer si la menace est effectivement sérieuse ; si d’autres moyens ne pourraient pas s’y substituer; si les moyens utilisés sont proportionnels à la menace ; et s’il y a une chance raisonnable de succès. Ainsi, la communauté internationale a désormais le devoir de protéger les populations contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité. Bernard Kouchner et Mario Bettati, auteurs du «
droit ou devoir d’ingérence » voulaient en créant
cette idée s’opposer à « la théorie
archaïque de la souveraineté des Etats, sacralisée
en protection des massacres » [Corten,
Olivier. Les ambigüités du droit d’ingérence
humanitaire]. Il faut mettre des limites à l’intérieur
d’un Etat qui se présente comme une menace à sa
propre population, a souligné B. Kouchner lors de la table ronde.
« Le droit d'ingérence tel que je le conçois sera
préventif [Berger,
Jean-Francois. En Action. 2 juillet 2001], mais on en est
encore très loin pour l'instant. » Même s’il
reste encore une réticence à agir en amont de l’éclatement
d’un conflit, il faut se rappeler « qu’il y a 10,
20, 30 ou 40 ans, c’était la discussion impossible…[néanmoins,
s’ingérer à l’intérieur d’un
État souverain] a été plus ou moins accepté.
» Vers un engagement contre le terrorisme ? L’établissement d’une convention contre le terrorisme était l’une des avancées certaines du Sommet. Le document final du Sommet constate « le besoin de faire tout ce qui est possible pour arriver à un accord et faire une convention globale sur le terrorisme international pendant la soixantième session de l’Assemblée Générale. » [2005 World Summit Outcome Document, article 83]. Par ailleurs, l’article numéro 91 du Rapport final souligne l’importance de l’entrée en vigueur de la convention internationale pour la suppression des actes de terrorisme nucléaire et enjoint les Etats à le signer rapidement ainsi que les douze autres conventions internationales et protocoles contre le terrorisme. Néanmoins, le manque de définition précise du terrorisme rendra difficile l’opérationnalisation de la convention. Malgré le blocage sur la définition, Gh. Salamé nous a rappelé que lors du Sommet, le Conseil de Sécurité a voté la résolution 1624 contre le terrorisme, un pas prometteur. Comme le souligne S. Tadjbakhsh, les 133 membres du Groupe des 77 pays en voie de développement avaient le plus de réserves quant aux résultats du Sommet dans la mesure où il n’a pas cherché à établir d’engagements forts de la part des pays riches au sujet de l’aide publique au développement (APD), de la dette, du commerce et l’accès aux marchés sans quotas des exportations du tiers monde. Avant le Sommet, plusieurs déclarations ont été préparées : * Un Partenariat mondial pour le développement
(objectif
8) envisagé dans la Déclaration du Millénaire; Malgré ces déclarations, les concessions faites lors du Sommet étaient faibles. Plusieurs tâches restent inachevées [Development Agenda After the 2005 Millinnium + 5 Summit] et, en matière de développement, le document final ne va pas au-delà des réaffirmations et d’une position ouverte aux nouvelles initiatives. D’ailleurs, le langage est vague et ne présente aucune nouvelle décision. En outre, le G77 et la Chine ont fait plusieurs objections à propos de ces résultats, dont les principales sont les suivantes :
La résolution 1625, « pour l’Afrique », doit être particulièrement mise en valeur comme une avancée notable car elle tente de relier les questions de sécurité et de développement d’une façon qui a rarement été vue auparavant. Cette résolution, nous explique Gh. Salamé, est en quelque sorte une tentative de régionaliser le développement et la sécurité. Il s’agit donc d’un travail avec l’Union africaine et d’autres organisations avec pour objectif la responsabilisation de ces institutions régionales. Il faut aussi souligner le fait que la reconnaissance officielle du lien entre la sécurité et le développement a constitué un pas en avant considérable. Faire se rejoindre le rapport de la commission de haut niveau sur les aspects institutionnels et les questions de sécurité avec le rapport Sachs sur le développement, la sécurité humaine et la pauvreté était une décision clé prise par le Secrétaire Général. Bien qu’il reste encore beaucoup de travail à faire sur la conceptualisation de cette idée, le fait que tous les Etats présents au Sommet aient été incités à réfléchir sur une problématique alliant la sécurité et le développement, est sans aucun doute une évolution positive. a) Mise en place d’une commission de consolidation de la paix
Cette mise en place d’une Commission
pour la consolidation de la paix, a constaté B. Pouligny, est la
reforme la plus avancée du Sommet, même si plusieurs de ses
aspects importants ont été perdus dans le « marchandage
inter-étatique et inter-agences de l’ONU et les institutions
de Bretton Woods. » Néanmoins, la Commission a maintenu des
notions vagues formulées par Kofi Annan et le Haut Pannel, et pour
le 31 décembre, les États membres devaient prendre une décision
à propos des États membres, du mandat, et de la place de
la Commission au sein des Nations unies. Le mandat : L’objectif du mandat est de soutenir les pays dans la reconstruction du post-conflit ; dans la mobilisation des ressources financières ; et dans la formulation des recommandations. Ceci devrait être un lieu de coordination ; d’amélioration des pratiques ; de partage d’informations entre le siège et les agences ; de surveillance ; et de financement. Pourtant, sachant que les décisions doivent être prises par consensus, ce qui donne le droit de veto à chaque membre, reste à savoir quels seront les pays concernés en 2006. En outre, le fait qu’il n’aborde pas la question du signal d’alerte préventif (« Early Warning ») fait craindre qu’il ne soit pas capable d’empêcher les cycles de conflit. Rendre des comptes (reporting) et subordination: A quelle organisation onusienne la Commission sera-t-elle subordonnée? Il n’y a aucun accord aujourd’hui sur la place de la Commission dans le système. Le G77 veut qu’elle soit affiliée à l’Assemblé Générale, tandis que les pays industrialisés souhaitent qu’elle le soit au Conseil de Sécurité. Pour sa part, Kofi Annan la voit entre le Conseil de Sécurité et l’ECOSOC. Appartenance: La Commission devrait être un forum dans lequel des représentants onusiens, des IFI, des autorités nationales et de transition, des représentants bilatéraux, des donateurs de troupes et des acteurs régionaux partagent de l’information. La crainte demeure néanmoins qu’il soit dominé par les pays riches du Nord. Le nombre de membres n’est pas clair, et le dialogue est absent sur le rôle de la société civile dans le travail de la Commission, tandis qu’il y a une référence explicite à la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International entre autres. b) Création d’un conseil des droits de l’Homme Le Rapport Final du Sommet propose la création d’un Conseil permanent des droits de l’Homme qui serait un organe principal du système des Nations unies (articles 157-160). Notamment, le Conseil :
Malgré la demande que le Président de l’Assemblé Nationale mène des négociations ouvertes, transparentes et inclusives dès que possible lors de la soixantième session à propos de l’établissement du mandat, des modalités, des fonctions, de la taille, de la composition, de l’appartenance, des méthodes de travail et des procédures du Conseil (article 160), les questions du quand et comment cette transformation de Commission en Conseil va passer demeurent incertaine. Dans cette optique, S. Tadjbakhsh a souligné quelques questions centrales à propos de ce changement, notamment :
Pour l’instant, l’idée reste une « coquille vide » car il n’y a aucune précision ni sur les tâches, ni sur les responsabilités, ni sur la composition ou le mode de désignation.
Au Sommet, il n’y a eu ni vision
commune entre les Etats pour agir collectivement ; ni accord sur les critères
d’arbitrage ou sur les intérêts en présence,
selon les observations de B. Pouligny. Ainsi, a constaté B. Kouchner,
les Etats ne voient nullement le multilatéralisme comme indispensable
au bon fonctionnement du système international. De ce fait, le
multilatéralisme devient, selon Gh. Salamé, un luxe, et
démonter cette idée est donc le vrai défi. En effet,
si nous ne revenons pas aux bases du multilatéralisme, le système
des Nations unies deviendra de plus en plus marginalisé et mis
à l’écart des relations internationales. Malgré l’échec du Sommet et les défis qu’expérimentent les Nations unies à l’heure actuelle, il nous faut regarder, comme le constate B. Kouchner, d’où nous sommes partis. Nonobstant la lenteur et l’inefficacité dont les Nations unies sont souvent coupables, les avancées sont incontestables : il y a beaucoup moins de guerres et de morts. Et ceci, a-t-il conclu, est la conséquence des pressions internationales, multilatérales et des Nations unies, dont le progrès n’exclut ni l’ambiguïté ni les contradictions. D’autre part, B. Pouligny a rappelé combien l’autonomie de l’Organisation est à la merci des Etats qui la composent. Leurs préoccupations portant alors sur leurs intérêts propres car tout dépend de leur besoin de multilatéralisme. Or, plus un Etat est puissant, plus il peut facilement s’en passer. Le risque, explique-t-elle, est que si nous n’arrivons pas à reformer l’ONU, de plus en plus de décisions risquent d’être prises en dehors du système, de façon unilatérale ou par un petit groupe d’Etats. Mais pour reformer le système, il faut se doter de moyens suffisants, ce qui n’est clairement pas le cas aujourd'hui. Pour cela, en tant que citoyens, a-t-elle souligné, nous pouvons, et en fait nous devons, être plus engagés et suivre ce que font nos décideurs sur ces questions internationales et multilatérales. Nous avons tendance à rester souvent très aveugles concernant le rôle de notre propre pays au sein des Nations unies, en général, et à propos des positions qu’il prend au Conseil de Sécurité, en particulier. Si les citoyens ne se mobilisent pas, a-t-elle conclu, il n’y aura pas d’avancée sur ces questions majeures qui ont été soulevées lors du Sommet. Il reste donc un certain nombre de questions en suspens comme autant de thèmes à suivre, comme le conclut S.Tadjbakhsh : mettre en place du Conseil des droits de l’Homme, appliquer des mesures de non prolifération nucléaire, rendre obligatoire l’aide au développement par les nations les plus riches, affiner la définition du terrorisme, reconfigurer le Conseil de sécurité. L’avenir de l’ONU déprendra ainsi des réponses à ces questions et plus largement de l’intérêt porté à la question du développement. Il est en effet essentiel de réfléchir au sens du concept et de mettre en lumière son rôle dans la prévention des conflits. Gabriel Brunnich, Diplômée
en Master de Développement International (Sciences Po, Paris) |
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