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Résumé du débat avec le public


Questions posées à
Bernard Kouchner, Ghassan Salamé,
Béatrice Pouligny, et Shahrbanou Tadjbakhsh.

Le débat avec le public fut concentré au tour de six questions et thèmes principaux :

1) Le patrimoine irakien après la chute de Bagdad

2) Sera-t-il possible de dépasser l’intérêt des nations au sein de l’ONU, étant donné que les individus qui y travaillent au quotidien fonctionnent dans un sens différent de celui des États?

3) Les meilleurs d’entre nous sont-ils tentés de travailler à l’ONU?

4) Comment prôner la responsabilité de protéger sans remettre en cause la souveraineté étatique?

5) 1625 : la résolution sur l’Afrique

6) La réforme de l’ONU est-elle toujours à l’ordre du jour ?

***

1) Le patrimoine irakien après la chute de Bagdad

Gh. Salamé a constaté trois problèmes d’ordre normatif qui se posent par rapport au patrimoine irakien:

a) Le commerce des produits culturels. Ceci contribue fortement aux pertes de l’Irak en matière archéologique. D’ailleurs, plusieurs pièces irakiennes ont été trouvées sur le marché mafieux pendant les années de sanction.

b) Le manque de coopération de la part du gouvernement américain. Le Département d’État américain, dans le cadre du projet sur la consolidation de la situation en Irak après la chute de Bagdad, avait chargé un groupe d’archéologues irakiens vivant aux Etats-Unis et en Allemagne de préparer un dossier à propos de la protection du patrimoine irakien. Mais lorsque la gestion de l’après-guerre a été transférée du Département de l’État au Pentagone, ce texte préparé sous les auspices du premier a été mis de côté par les seconds. En conséquence, rien n’a été fait pour protéger le musée de Bagdad, et plusieurs pièces ont été volées.



c) Le pillage des sites archéologiques irakiens. Les musées ayant déjà été pillés. Nous observons à l’heure actuelle que les sites archéologiques sont de plus en plus visés.


2) Sera-t-il possible de dépasser l’intérêt des nations au sein de l’ONU, étant donné que les individus qui y travaillent au quotidien fonctionnent dans un sens différent de celui des États?

B. Kouchner a répondu à cette question en disant que, dans les missions de maintien de la paix notamment, se produit une manipulation des êtres par le system onusien qui se montre souvent « très surprenant, contraignant, et blessant. » Les casques bleus, a-t-il expliqué, véritable mélange des nations, des hommes et des femmes, sont envoyés d’une partie du monde à l’autre, sans récompense suffisante, et dans des conditions extrêmement difficiles.

  • Un problème majeur : il existe souvent une béance entre la théorie et la mise en œuvre des décisions du Conseil de Sécurité. Au Kosovo par exemple, le Conseil de Sécurité a demandé aux agents de créer une « substantial autonomy, » dans la région, sans préciser exactement ce que cela comprenait. Il y a eu un manque de courage politique d’aller plus loin, a-t-il constaté, et donc, malgré le dévouement des agents, l’effet de leurs actions sur le terrain n’a pas été ce qu’il aurait pu être.


3) Les meilleurs d’entre nous sont-ils tentés de travailler à l’ONU?

B. Kouchner :

Contraintes et obstacles nationaux découragent l’engagement au sein de l’ONU.
En France, a constaté B. Kouchner, si quelqu’un s’expatrie, il sera pénalisé à son retour, ce qui décourage fortement le travail au sein de l’ONU. Par conséquent, beaucoup de personnes très qualifiées refusent de signer des contrats avec les Nations Unies car elles ne veulent pas freiner leur carrière à l’intérieur du gouvernement à leur retour.

Gh. Salamé :

  • Ce découragement est commun à quasiment tous les grands pays. De ce fait, les meilleurs individus de ces États ne vont pas dans les organisations internationales. A l’inverse, plus un pays perd de son importance, plus son « élite » commence à concourir pour ces postes.


S. Tadjbakhsh

  • Ayant démissionné de son poste (de grade P5) à l’ONU, S. Tadjbakhsh a constaté que « le jour où l’idéalisme meurt, on démissionne. »

4) Comment prôner la responsabilité de protéger sans remettre en cause la souveraineté étatique?

Gh. Salamé :

  • C’est une contradiction qui existe depuis longtemps et qui existera encore pendant longtemps. Mais suite au Sommet, nous avons une nouvelle formule du principe de subsidiarité :

1) Le prix de la souveraineté est la responsabilité de l’État de protéger sa population face aux menaces (catastrophes naturelles, génocides, etc.)

2) L’intervention de la communauté internationale, si cette responsabilité de protéger la population n’est pas assurée par l’Etat. L’état, qui demeure l’unité de base du système international, reste souverain, mais la communauté internationale se substitue, par une décision du Conseil de Sécurité, à cette souveraineté accusée, soit de mauvaise volonté soit d’incapacité, pour aller au secours de ces populations.

  • Vu ainsi, c’est une conciliation entre le principe de souveraineté et du principe de secours. Toutefois, il reste à voire comment ceci va fonctionner dans la pratique. Même si le précèdent de la Somalie s’est mal tournée, ce n’était pas parce que le système était mauvais.

B. Pouligny :

  • Avancées par l’ensemble du système pour faire de la prévention. « S’il est vrai que l’on peut se révolter contre le laisser-faire de tous les jours, il n’en demeure pas moins que beaucoup d’actions de médiation, entre autres, sont menées par des agences des Nations Unies...qui essaient de prévenir l’éclatement de la violence. » En outre, si ces avancées normatives du principe de subsidiarité peuvent amener à des progrès dans les esprits et la pratique, il faut néanmoins les considérer avec mesure.


5) : 1625 : la résolution sur l’Afrique

Gh. Salamé :

La résolution 1625 concerne les conflits, la lutte contre la pauvreté, et les fléaux, avec une attention particulière donnée à l’Afrique. Il faut que les Africains se prennent d’avantage en charge, d’autant plus que se constate un manque de moyens, ou de volonté, des pays du Nord à intervenir dans les conflits en Afrique (ex. Darfour).

C’est une résolution qui tente de :

1) lier et régionaliser le développement à la sécurité ; et

2) promouvoir une plus grande responsabilisation des Africains dans les deux domaines de la sécurité et le développement.


6) : La reforme de l’ONU est-elle toujours à l’ordre du jour ?

Gh. Salamé :

  • L’ONU comme pyramide inversée : la difficulté de gérer une organisation dans laquelle il y a un Secrétaire Général et 191 « patrons. » Donc même si il y avait un besoin de reforme, l’agenda (les rapports du Haut Panel et le rapport Sachs) et l’occasion (le 60eme anniversaire), il manquait la volonté politique de ces « actionnaires », d’où l’échec du Sommet.
  • Absence des agences et rapport entre agences dans le reforme : Il faut se rappeler que l’ONU n’est pas uniquement le Secrétariat. C’est aussi une série d’agences. Malheureusement, il existe une absence totale de réflexion autour des relations entre agences.

B. Pouligny:

  • Problème des relations intra agence particulièrement au sujet de la commission de consolidation de la paix. Tandis que la commission leur demande de se réunir, nous voyons que chaque agence défend son autonomie par rapport au centre.
  • Problème concernant la façon dont l’action onusienne est perçue par les sociétés locales et les acteurs locaux. En cas d’erreur, devant qui s’exerce la responsabilité?
  • De plus en plus d’États se passent du multilatéralisme. Plus un État est puissant, plus il s’éloigne de l’idée qu’il a besoin du multilatéralisme. Tandis que plus un État est petit, plus il se rend compte qu’il a besoin d’un système multilatéral. Si on n’arrive pas à reformer le système et à retourner vers les bases du multilatéralisme, on observera un nombre croissant de décisions prises en dehors du système de façon unilatérale, ou entre par petit groupe d’États. Néanmoins, si nous pensons véritablement que le multilatéralisme est profitable à tout le monde, il faut se donner les moyens pour le mettre en œuvre.